Alors que la France vient toute juste d’obtenir sa seconde coupe du monde, chacun y va de son commentaire sur l’origine des joueurs qui la compose. L’équipe de France fait parler un peu partout dans le monde. Nicolas Maduro actuel président du Venezuela pour la décrire parle d’une équipe Africaine car avant tout constituée  de joueurs d’enfants d’immigrés Africains. Le journal Italien Corriere della Serra pour sa part décrit la victoire française en ces termes «Une équipe pleine de champions africains mélangés à de très bons joueurs blancs». Alors présent en Afrique du Sud afin de célébrer l’anniversaire de Nelson Mandela, Barack Obama prendra lui le parti pris de saluer la diversité de cette équipe et insistera sur le fait que quelques soient leurs origines, tous les joueurs sont évidemment français.

Les différents commentaires entourant cette victoire et les avis contradictoires qu’ils génèrent ont pour mérite d’exposer au grand jour la difficulté de définir un individu du fait de sa simple nationalité. Un être humain est bien plus complexe que cela et en voulant toujours classer, diviser les êtres humains comme s’ils étaient des objets on en arrive aux absurdités du Corrierre della Serra qui peine à dissimuler son racisme. Cependant on se doit d’ajouter que les propos tenus par l’ambassadeur de France aux Etats Unis (Gérard Araud) répondant à l’humoriste Trevor Noah qui se félicitait de la victoire de l’Afrique sont tout aussi absurdes.

https://www.huffingtonpost.fr/2018/07/18/victoire-de-lafrique-au-mondial-trevor-noah-repond-aux-critiques-et-joue-lapaisement_a_23485087/

Absurdes car en insistant sur le caractère strictement français des joueurs avec pour seul argument que ceux-ci sont nés et ont appris à jouer au football en France, l’ambassadeur refuse de voir certains de ses concitoyens dans leur complexité.

Comme si le fait d’être né et d’avoir grandi en France faisait des personnes répondant à ces critères des français exclusifs. Oui Monsieur l’ambassadeur ces joueurs sont français mais pas que. Et tous les non sens et discussions pourrissant la période post mondial renvoie à la non prise en compte de ce fait. Une carte d’identité, un passeport n’efface pas une éducation ou un héritage familial. Nabil Fekir avant de dire oui à l’équipe de France avait dit oui dans un premier temps à l’équipe d’Algérie. Pourquoi tant d’hésitation le concernant ?  Simplement parce qu’il est les deux, à la fois Algérien et Français. Bien évidemment tous les binationaux ne se trouvent pas à ce niveau d’incertitudes au moment du choix de la sélection nationale mais le fait que la question se pose traduit l’idée que bon nombre des joueurs appartenant à cette équipe ne sont pas seulement français.

D’ailleurs il est intéressant de noter que la France était le pays où le plus grand nombre de joueurs ayant participé à la coupe du monde 2018 sont nés. 50 joueurs présents à la coupe du monde 2018 sont nés en France et seulement 21 d’entre eux se trouvaient dans l’équipe de France. Le reste jouait notamment pour le Sénégal, la Tunisie ou le Maroc entre autres. Ces joueurs ayant décidé de jouer pour une autre sélection sont-ils  de ce fait moins français que ceux qui ont décidé de jouer pour la France ? La réponse est évidemment non.  Qu’ils jouent pour la France ou pour une équipe africaine, ces joueurs sont français mais pas que et ont pour la majorité d’entre eux un point commun qui renforce la complexité les habitant. Ils sont pour la plupart issus de pays ayant fait parti de l’ancien empire colonial français.

Point non négligeable dans la construction de leur identité et l’éducation qu’ils ont pu recevoir. Le passé récent unissant leur famille à la France et son histoire est souvent conflictuel et les décrire comme simplement français comme le fait Gérard Araud conduit à omettre pourquoi et comment ils sont devenus français. Il y a une différence entre un enfant d’immigré néerlandais et un enfant d’immigré algérien. Le rapport à l’immigration de la famille n’est pas le même. Les familles des joueurs savent très bien qu’ils ne sont pas seulement français et ont pleinement conscience des raisons qui les ont poussées à émigrer. Quand N’Golo Kanté soulève la coupe du monde, ses parents maliens en France et ses cousins au Mali s’enthousiasment pour cette victoire car c’est aussi la leur. Même chose pour Tolisso et ses origines Togolaises, Pogba et ses origines guinéennes.

Si la victoire de l’équipe de France est un non événement dans la plupart des pays du monde, dans bon nombre de pays d’Afrique cette victoire a été célébrée comme parcellement sienne. En refusant d’inclure cette victoire comme étant aussi une victoire africaine, la France ouvre la porte aux commentaires nauséabonds venant de gens aux intentions mal placées.

De plus force est de constater que la France n’a pas toujours été aussi protectrice concernant ses protégés. Lors du fiasco de la coupe du monde 2010, la question des origines des joueurs est très vite revenue au gout du jour quand il a fallu essayer de comprendre pourquoi les choses avaient mal tournées. On commença même à scruter les joueurs au moment de l’hymne national pour savoir qui ne chantait pas et pourquoi, chose qu’on ne faisait pas quand l’équipe de France était plus « blanche ». Résultat tous les joueurs de l’équipe nationale chantent désormais la Marseillaise à tue-tête afin d’être sûr de dissiper le moindre doute pouvant éventuellement apparaître. Il est d’ailleurs fou de voir à quel point les éléments les plus racistes d’un pays parviennent à exercer une telle emprise sur l’ensemble de la société et conduisent à débattre sur des choses qui sont pourtant évidentes. La majorité des joueurs de l’équipe de France sont d’origine africaine et sont néanmoins français. Français mais pas que ! Les identités s’additionnent et ne s’excluent pas.

Simple, basique…

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