Présent sur tous les terrains vagues, le football est incontestablement le sport numéro un au Togo. Que cela soit à Lomé, Sokodé, Aného, Kara ou Badou, la balle est frappée avec la même frénésie. On joue au football partout dès lors que les obligations scolaires ou professionnelles laissent la place au temps libre. Omniprésentes également dans les conversations, Les stars des différentes ligues européennes alimentent d’interminables débats où la raison laisse bien souvent la place à des élans émotionnels difficilement contenus. Pourtant malgré toute cette passion le football Togolais ne produit que très peu de footballeurs de haut niveau si on le compare avec des pays géographiquement proches que peuvent être le Ghana ou la Côte d’Ivoire par exemple.

De Lome a Wembley

Très peu de joueurs Togolais ont marqué durablement l’histoire du foot Africain et du foot européen. Sporadiquement on trouve trace de certains d’entre eux en France depuis les années 60. Premièrement avec  Gilbert Moevi du côté des Girondins de Bordeaux, Frank Fiawoo du côté de l’Olympique de Marseille puis Othniel Dossevi (premier joueur africain du PSG (1)) et son frère Pierre-Antoine du côté de Tours un peu plus tard.

Sans conteste  le premier à avoir vraiment mis le football Togolais en tant que tel sur la carte au niveau continental aura été Edmond Apéti Kaolo également appelé « Docteur Kaolo » (2). Il porta son club de l’étoile filante de Lomé jusqu’en finale de la coupe de clubs champions en 1968 et marqua à 4 reprises durant la CAN de 1972, gagnant ses lettres de noblesse dans un match contre le Mali de Salif Keita où il scora à trois reprises (score finale 3/3). Mais fauché en pleine ascension, docteur Kaolo décédera quelques temps après cette même coupe d’Afrique dans un tragique accident de la circulation à tout juste 25 ans, fin qui n’est pas sans rappeler le destin tragique de la grande Bella Bellow.

Après lui, le football Togolais se cherchera longtemps une star capable d’incarner les espoirs de tous les apprentis footballeurs du pays. Si quelques joueurs à l’instar de Bachirou Salou arriveront à faire des carrières plus qu’honorables en Europe, l’équipe nationale restera longtemps plongé dans l’anonymat de ses performances anecdotiques.  Il faudra attendre le début des années 2000 pour voir émerger une nouvelle tête de gondole en la personne d’Emmanuel Sheyi Adebayor.

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Exception dans une équipe nationale où la plupart des joueurs jouent dans des clubs ou des championnats de seconde zone, il est le joueur qui a le plus contribué à remettre le Togo sur la map monde football.

Cependant dans les dix dernières années, si  l’équipe nationale a pu bénéficier du talent d’un tel joueur. Elle a du aussi composer avec ses coups de sang et l’amateurisme d’une fédération qui n’échappe pas aux errements de gestion d’un pays ou le clientélisme et le népotisme sont rois. Trois dates résument assez bien d’ailleurs cette dernière période.

Premièrement, le 8 octobre 2005, date de la qualification du Togo pour la coupe du monde 2006 (première qualification pour une coupe du monde). Cette qualification qui aurait du servir de tremplin pour le football Togolais contribua en réalité à exacerber  les querelles internes et souligner la rapacité des dirigeants de la fédération (primes non payées etc…). S’en suivra logiquement une coupe d’Afrique catastrophique et une coupe du monde qui se solda par trois défaites alors que le Ghana voisin lui échouera à un cheveu d’une qualification pour une demi-finale historique en 2010.

Deuxièmement, le 8 janvier 2010, date du mitraillage du bus de l’équipe nationale Togolaise dans l’enclave de Cabinda.

Pallbearers carry the coffin with the remains Togolese assistant soccer coach Abalo during the funeral service in front of Congress Palace in the capital Lome
Cercueil de l’assistant coach Amalete Abalo décédé pendant l’attaque

Alors que toutes les autres fédérations prirent les dispositions nécessaires pour éviter de circuler par voie terrestre dans cette enclave en préférant logiquement le transport aérien, la fédération Togolaise dans une inconscience sans nom fit voyager l’équipe nationale dans une zone qui n’était ni plus ni moins qu’une zone en guerre. Résultat, trois morts, neuf blessés et une fédération qui comme toujours fera preuve d’une classe extrême en laissant Kodjovi Obilalé (joueur de l’équipe nationale) face à son triste sort.

Alors que celui se trouvait hospitalisé en Afrique du Sud suite à l’attaque, Sheyi Adebayor prendra le soin de faire voyager la mère de celui-ci vers l’hôpital où se trouvait son fils geste que la fédération ne crut pas bon de faire naturellement. Kodjovi Obilalé ne retrouvera jamais l’usage complet de ses jambes et terminera sa carrière sur cette triste note. Outre Sheyi Adebayor quelques âmes charitables tels Samuel Eto’o fils apporteront également leur concours à K.Obilalé pendant que la fédération togolaise feindra et feint toujours de ne rien lui devoir.

Troisième et dernière date, le 7 septembre 2010. Alors que l’équipe nationale vient de jouer un match qualificatif pour la CAN 2012 au Botswana le 4 septembre, un match amical contre la sélection du Bahreïn est organisé le 7 septembre. Peu gêné par le calendrier, des personnes gravitant ou ayant gravité autour de l’équipe nationale envoient une équipe de joueurs non togolais porter les couleurs de la sélection au Bahreïn pour disputer un match amical rémunéré à hauteur de 200 000 dollars. Sans surprise cette fausse équipe livra une prestation pitoyable (défaite 3/0) et face à cette supercherie de haut vol, le monde entier commença à sérieusement s’interroger sur  le niveau de corruption qui pouvait gangrener cette fédération.

Et comment ne pas se poser de questions quand la fédération Togolaise n’a pas été capable d’organiser de championnat de première division pendant les deux dernières années mais que celle-ci a pourtant reçu des fonds de la FIFA quelques années plus tôt via le projet « FIFA Goal Project »(3).

Faute de débouché naturel comme pourrait l’être un championnat national correctement organisé, les jeunes footballeurs Togolais multiplient leurs efforts pour trouver l’éventuelle porte de sortie leur permettant d’exposer leurs talents.

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Les sélections nationales de jeunes devraient aider en ce sens mais là encore le chaos prédomine.  La fédération n’assurant aucun suivi fiable des jeunes talents résidant sur son territoire. Ainsi lorsque des équipes de jeunes doivent s’engager dans des compétitions internationales, des journées de détection sont organisées à la hâte. Problème avant même le début des détections les dés sont pipés car certains joueurs proches de certains agents ou membres de la fédération sont sûrs de faire partie de la sélection et ce pour des critères pas seulement footballistiques. S’ajoute à cela les difficultés de circulation frappant les joueurs vivant dans les zones les plus reculées qui par conséquent ne peuvent se rendre aux détections et on obtient vite une équipe qui se tient mais qui n’est pas la meilleure que le pays puisse offrir.

Face à cette situation tragi-comique, comme trop souvent les Togolais se débrouillent comme ils peuvent pour contrarier le destin et ses desseins. Ceci se traduisant dans les faits par un football maintenu en vie par de petits clubs démunis financièrement mais armés de bénévoles plein de patience et d’énergie. L’école de football AC Merveilles (4) situé à Lomé constitue un bon exemple de cette réalité.

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Sans grandes ressources mais profondément passionnée, cette école tente de mettre en place une politique de formation permettant à moyen terme de faire émerger des pépites destinées à prendre les directions des championnats européens et/ou africains de bon niveau et ce malgré la difficulté du contexte.

Car outre les difficultés structurelles du football togolais, les petits clubs tels que l’AC Merveilles doivent composer avec l’avarice d’agents peu scrupuleux. En discutant brièvement avec les responsables du club, ceux-ci très vite révèlent des histoires de vendeurs de rêves leur rendant visite de temps à autre, promettant monts et merveilles aux jeunes les plus talentueux. Dans le meilleur des cas, l’histoire s’arrête là mais dans le pire des cas, ces agents véreux vont jusqu’à faire voyager ces jeunes vers l’étranger (Cameroun, Nigeria…) pour finalement les laisser sur le carreau après des tests sans lendemains. Pourtant les candidats au départ sont toujours plus nombreux, motivés par un profond amour du jeu et une farouche envie de fuir la misère qui colle jusque là à leurs crampons.

Malheureusement face à l’ampleur de la tâche, beaucoup d’appelés mais peu d’élus. Beaucoup d’éperviers restent en attente d’un décollage qui leur permettrait de déployer enfin leurs ailes engourdies. Les yeux fixés sur les écrans des cinés foot à défaut de pouvoir partager avec le reste du monde l’étendue de leurs talents, ceux-ci regardent week end après week end les frères africains qui ont réussi en Europe. Les croisant  de temps à autre lors des matchs de l’équipe nationale, ils les observent, les épient en espérant qu’un jour eux aussi puissent revenir au pays avec le même sentiment de fierté en constatant le chemin accompli entre les terrains poussiéreux de Lomé et les pelouses proprettes des championnats européens.

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http://psg70.free.fr/interviewdossevi.htm (1)

http://www.letogolais.com/article.html?nid=2753 (2)

http://www.fifa.com/development/facts-and-figures/association=tog/index.html (3)

https://www.facebook.com/merveilles.kparenta/?fref=ts (4)

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